08.02.2008

« Michael Moore au delà du miroir »

51ff389a77e72bd4f93b73261d9b3d3e.jpgLa vérité sur Michael Moore  

Guy Millière ne le cache pas, cet ouvrage a été une commande au départ. De cette commande, il a fait un ouvrage en tous points remarquable.

« Michael Moore au delà du miroir » est une biographie et peut se lire comme le roman d'espionnage le plus palpitant : on découvre qui est Moore, comment il a fait ses premières armes et monté ce qui ressemble à ses premières escroqueries, comment il a construit son personnage et sa légende. On va d'un bout à l'autre des Etats-Unis, du Michigan industriel et sinistré à la Californie du Nord informatique et opulente, et on va de surprise en surprise.

C'est aussi un acte d'accusation  et un démontage très documenté. « Je conçois qu'on pense autrement que moi », dit Millière, « et c'est normal puisque je suis adepte de la liberté de parole la plus pleine et entière. Je ne conçois pas qu'on mente et qu'on falsifie, surtout avec autant d'insistance et autant de mauvaise foi ».

Et tous les livres, films, écrits de Moore  sont soumis à un examen minutieux, détaillé,  sans merci,  ligne par ligne, image par image.  Aucune erreur, aucun manquement à la vérité n'est laissé de côté. On voit là au travail non pas seulement le Guy Millière  qui connaît chaque recoin des Etats-Unis par coeur, mais aussi le Guy Millière érudit, historien, politologue.

Dès son premier film,  Moore se révèle cynique, manipulateur, voire voleur du travail des autres, puisque le scénario et le projet de « Roger et moi » a été subtilisé par Moore à ceux qui l'ont élaboré.

« Bowling for Columbine » repose sur des glissements progressifs loin de la vérité qui culminent avec un savant et pervers montage d'images de Charlton Heston  dont l'effet  est de lui faire dire le contraire de ce qu'il a dit en réalité.

Les sommets de l'ignominie sont atteints avec « Fahrenheit 9/11 » . « Je pensais y trouver une centaine de mensonges », dit Millière, « j'étais très loin du compte ». Qu'un film qui relève de la plus basse propagande ait reçu une Palme d'or au Festival de Cannes, et qu'il soit aujourd'hui diffusé dans les lycées de plusieurs pays aux fins d'éduquer les enfants laisse sans voix.

« Avant que j'aie écrit ce livre, certains pouvaient dire qu'en prenant Fahrenheit pour argent comptant,  ils étaient de bonne foi  et ils ne savaient pas. Désormais, s'ils persistent, on pourra dire qu'ils ont fait un choix et que ce n'est pas celui de la vérité », dit Millière.

Répondant par avance à ceux qui lui rétorqueraient que ce film appartient au passé et que les années Bush s'achèvent, Millière répond : « La rumeur une fois propagée continue à faire son travail destructeur : laisser subsister des calomnies sur la présidence Bush et sur des décisions majeures comme celles concernant la guerre  contre l'islamo-terrorisme, c'est affaiblir la défense de la liberté, et faire le jeu de l'islamo-terrorisme ». 

Dans une dernière partie du livre, Guy Millière aborde le dernier film de Moore à ce jour, « Sicko », et il montre comment, une fois de plus, tout ou presque est faux, tant pour ce qui concerne la présentation du système de santé américain  que pour ce qu'il dit des systèmes canadiens, anglais et français.  « Le pire dans Sicko, cela précisé », ajoute Millière, «  est la présentation du sort des sauveteurs du 11 septembre que Moore manipule alors qu'ils sont malades et, contrairement à ce qu'il affirme, pris en charge par les assurances et le gouvernement.

C'est aussi la façon dont Cuba se trouve présenté. Moore va filmer des hôpitaux pour touristes étrangers qui paient en dollars et fait croire que ce sont les hôpitaux où tous les Cubains peuvent accéder.  Il ignore la misère réelle et l'absence de liberté des Cubains  aux fins de servir sans le moindre scrupule ses propres intérêts.  C'est honteux,  et il est terrible que je sois l'un des seuls  à trouver cela scandaleux ».

Sans que cela soit surprenant, Guy Millière découvre dans les textes de Moore des traces de racisme,  des descriptions ignobles et caricaturales d'Israël,  des propos favorables au terrorisme palestinien,  le souhait explicite que  les dits Palestiniens puissent un jour se battre à armes égales avec les méchants sionistes, et même des phrases clairement antisémites : « Les Israéliens ne lâcheront pas prise tant que le reste du monde ne les aura pas anéantis jusqu'au dernier ».

Millière ajoute : « Craignant d'être allé trop loin, Moore précise en fin de paragraphe que s'il s'agit d'exterminer tous les juifs sur terre, là il sera contre ».

Qu'ajouter de plus ?

« Michael Moore au delà du miroir »  est un livre passionnant, salubre, indispensable.  Dans un pays où,  même si son étoile pâlit, Moore reste une icône, c'est aussi un livre très politiquement incorrect.

Un livre favorable à Moore serait déjà commenté dans toute la presse française. Pour le moment, ce livre là est accompagné d'un silence assourdissant, raison de plus pour le lire d'urgence.

Le 05 février 2008

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